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Quelle langue pour l’écrivain ?
Publié le Mercredi 11 Avril 2007 à 17h00
Dans le cadre de la célébration de la francophonie, l’Agence Universitaire de la francophonie (AUF) a organisé un atelier de réécriture sous le thème “Autour de la réécriture de texte en utilisant le français régional”. Cet atelier a eu lieu ce mardi 20 mars 2007 au local de la Faculté de Linguistique Appliquée de l’Université d’Etat d’Haïti. Animé par l’écrivain haïtien Lionel TROUILLOT, l’atelier devait aboutir à la réécriture de la nouvelle « Désordre intérieur » de l’écrivain belge Rémi Bertrand. Il s’agit d’un jeu-concours proposé par l’AUF et « Le Festival du Mot » en partenariat avec Points Seuil et l’Université de Bourgogne.
Vu la densité de l’assistance, qui n’était pas favorable à l’animation d’un atelier digne de ce nom, Lionel TROUILLOT a préféré donner une conférence dans laquelle il propose des outils pour participer à ce concours.
Lionel TROUILLOT a d’abord et surtout mis l’accent sur le fait qu’il n’y a pas de langue commune à l’écriture littéraire. Il y a d’un côté la langue dans sa fonction de communication qui est le bien de tous et, d’autre part, la langue de la production littéraire qui est celle de la différence.
Pour renchérir, il parle ensuite de ce qu’il appelle une catastrophe où l’écrivain s’emprisonne lui-même en se référant soit à la langue littéraire de France, soit au français d’Haïti. Or, le mieux pour l’écrivain serait de s’inspirer de ce déjà là pour forger, dans une approche individuée, sa propre langue d’écriture, une langue de rupture, quitte à ne pas être compris partiellement ou totalement par tout le monde. « Laissez l’écrivain écrire des choses auxquelles on ne peut pas comprendre grand chose », soutient TROUILLOT. Et c’est ce qui fait tout le côté esthétique de la littérature car ce qui prime dans cet art comme les autres c’est le plus le côté esthétique que le côté utilitaire, communicationnel. On écrit pour le plaisir d’écrire : « Ekriven an ekri paske sa dous pou li ». Il cite en exemple des écrivains tels Rabelais et Franckétienne dont la créativité est si poussée qu’elle déborde l’intention première de communication.
Pour finir, Lionel TROUILLOT attire l’attention sur la nécessité d’être fiers de ses différences. Pourquoi toujours des guillemets, des italiques et des petites notes chaque fois qu’on utilise un mot qui fait référence au vécu de l’Haïtien mais qui n’existe pas en français de France ? Il montre qu’il faut intégrer les mots régionaux dans les textes sans s’excuser. Il faut s’approprier la langue, ce qui contribue à l’enrichissement de cette dernière.
Quelle langue pour l’écrivain ? Sa langue à lui et à lui seul, sa langue unique !
Jockey Berde FEDEXY
jockeyberde@yahoo.fr
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