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Parler de sexe fait débat

Samedi 29 Mai 2010 | John Ndinga-Ngoma

(Syfia/CRP) Partant du principe que l'ignorance est la meilleure alliée des comportements à risques en matière de sexualité, des ONG de Pointe-Noire en République du Congo mènent des campagnes spécifiques d’éducation. De premiers résultats sont enregistrés, mais l’initiative suscite des réticences.

"Qui souffre de honte finit par en mourir." Carine, la vingtaine révolue, parle aujourd’hui de sexualité sans la moindre gêne. "Le sexe, dit-elle, constitue une partie essentielle de notre vie." Quatre-vingt-seize autres jeunes adultes non scolarisés, de 20 à 35 ans, qui suivent des cours de remise à niveau au sein de l’Association nationale pour l’éducation prénatale (Anep), une ONG congolaise, partagent cette opinion. "Faire du sexe un mystère renforce notre ignorance, renchérit Davy, avant d'ajouter, je connais à présent le cycle ovarien de ma petite amie. Je sais aussi me prémunir contre les infections sexuellement transmissibles comme le sida, la gonococcie et la syphilis."

Sur le thème Éducation à la vie, le Dr Bassindi, gynécologue, a fait, en février dernier, un exposé dans un style et un langage "branchés" devant ces jeunes. En organisant cette intervention, l’Anep entendait dissiper l’ignorance de certains en matière de sexualité. "Une ignorance qui les expose à plusieurs dangers telles les grossesses indésirables et les pathologies résultant de rapports sexuels non protégés", affirmait en avril dernier, au cours d’une conférence de presse, Pierre Ehouanda, secrétaire à la communication de cette structure.

L'association enjoint depuis février aux trois enseignants du centre de remise à niveau de relayer durant leurs cours, les informations données par le Dr Bassindi. "Bien qu’en raison d'emplois du temps très chargés, nous n’ayons pas encore conçu de programmes d’éducation sexuelle, nous assurons le relais à travers des disciplines classiques comme les Sciences de la vie et de la terre (SVT) qu’on appelait autrefois biologie", explique M. Batola, coordonnateur des instituteurs.

Un tabou difficile à briser

Depuis trois ans environ, le Club des jeunes pour l’éducation sexuelle et à la santé (Cjess), une Ong privée, diffuse des émissions sur différentes radios locales et mène des campagnes dans les écoles. "Il s'agit de briser tout le mystère qui entoure la sexualité", selon David Hermann Malanda, président du Cjess, et de donner des informations nécessaires (par exemple sur l'utilisation du préservatif, Ndlr) aux enfants et aux parents afin de protéger les générations futures des fléaux sociaux comme la croissance démographique désordonnée."

Une tâche difficile étant donné l’environnement socioculturel… "Quel sacrilège que de parler du clitoris sur les ondes !", s’indigne, par exemple, un gendarme à propos d'une émission interactive sur ce thème passée sur une radio privée. Pour cet officier, il appartient aux parents d’éduquer l’enfant sur sa sexualité. "Le père est l’interlocuteur direct du fils et la mère de la fille. Nous devons respecter notre culture bantoue fondée essentiellement sur la pudeur." Certains vont plus loin. "Qu’un père et un fils discutent de sexe encourage le libertinage !", martèle un menuisier d’une quarantaine d’années, père de huit enfants. "En effet, estime-t-il, il y a des moments, des endroits et des interlocuteurs appropriés pour parler du sexe. Ce sujet ne doit pas être semblable à la politique dont on parle à tout moment. Nos grands-parents ne nous ont pas élevés ainsi."

Formateurs formés

Des réserves d'un autre ordre s'élèvent également. "Une information mal donnée ou mal reçue est pire que l’ignorance proprement dite", avertit Prisca Pambou, une enseignante qui, conformément aux programmes du ministère chargé de l’Enseignement, éduque sur la sexualité dans les cours de SVT. Tout en appréciant les actions des Ong, les pouvoirs publics exhortent eux aussi à la prudence. "Doter les jeunes de ces outils de prévention est à encourager. Mais, pour que l’action produise de bons résultats, il faut des personnes (enseignants ou non, Ndlr), formées à ce genre d’éducation", insiste le Dr Jean Pierre Kouendolo, coordonnateur de l’Unité départementale de lutte contre le sida de Pointe-Noire. Ce que reconnaît David Hermann Malanda : "Nous y veillons. Nous ne parlons pas du sexe à un mineur de la même manière qu’à un majeur."

Agnès Koubikani, présidente de l’Anep, recadre la philosophie de l'intervention de sa structure : "Nous ne sommes pas des prédicateurs du libertinage. Nous ne prétendons que résoudre un problème réel."

Source:Syfia International

Tags:Congo Brazzaville


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