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Actualité
L’Affaire des Brandt fait-elle miroiter une justice égale pour tous?
Publié le Mercredi 14 Novembre 2007 à 17h00
Le Juge d’instruction Duret Durin Junior a déféré par devant le Tribunal criminel sans assistance de jury les nommés David Brandt, Pierre Michel Thimothée, Rénold Bully, Edelyne Dimanche, Jean Nemours Sanon et consorts pour faux, usage de faux, contrebande, vol de dossiers, corruption de fonctionnaires et association de malfaiteurs. Cette décision rendue le 6 novembre sous forme d’une ordonnance de renvoi fait suite à près de trois mois d’une instruction ouverte sur la famille Brandt plus précisément Fritz Patrick Louis Brandt et son fils David, deux hommes d’affaires très connus de la place. Ces derniers ont été, depuis le 27 Juillet 2007, écroués par le Commissaire du gouvernement Me Claudy Gassant au Pénitencier national. L’industriel Fritz P. Brandt quant à lui a été libéré en ce mois de novembre et délié des charges à lui reprocher.
Que peut-on en penser? En effet, pour la seconde année de son mandat, le Président René Préval l’a déclaré haut et fort – dans son discours du 18 mai écoulé, et à qui veut l’entendre que cette année sera celle de la lutte contre la corruption, la contrebande et le trafic de la drogue. Oui, mais…à partir de quelle politique et avec quels moyens? Là, on n’en était pas si sûr parce qu’« une campagne anticorruption ne se résume pas [simplement] à de belles paroles ».
S’en prendre aux « gros poissons »
Ce dossier de contrebande était pendant au cabinet du juge Durin Junior dès le 2 août. Onze personnes ont été mises en cause, trois ont été disculpés - à part Fritz, Jean Anthony Duponcy et Mackenzy emprisonnés eux aussi, puis mis en liberté. A l`exception de Fanes -le fabricant de tous les faux papiers de douane, sceaux et quittance BRH-, tous ont été en détention préventive jusqu’à la fin de l’instruction.
En fait, il s’agissait d’un dédouanement d’un camion International spécial importé pour le compte de Jean Marc Larco. David Brandt a utilisé ses influences pour obtenir une réduction du montant du Bordereau de douane estimé à 1.011.883,15 gourdes. Pour ce faire, il s’est servi de Gina Théodore – au nom duquel il a émis un chèque de 500.000, 00 gourdes- qui, elle-même, a recueilli les ‘‘bons offices’’ d’un certain Fritz Delva qui a monté le puzzle en embarquant le sous-directeur de la douane du port Pierre M. Thimothée, un superviseur Renold Bully, une secrétaire de direction Edelyne Dimanche et un messager Jean M. Sanon. A l’arrivée, ils ont empoché chacun en ce qui le concerne : Fritz Delva (500.000 Gdes, somme exigée à Gina), Thimothée (80 000 Gdes), Bully (50 000 Gdes), Edelyne Dimanche (10 200 Gdes) et Jean Sanon (800 Gdes). Quant à Gina et Fanes, rien n’a filtré sur les sommes qu’ils auraient reçues dans cette affaire.
Pour un pas, c’en est une grande pour la justice haïtienne. Néanmoins, en matière de culture de corruption, l’expérience prouve qu’il serait intéressant de s’attaquer non seulement aux grands bonnets pour en convaincre le simple citoyen mais encore que l’un des « gros poissons » peut tout aussi issu des fois du parti ou à défaut du staff au pouvoir. Or, jusqu'à preuve du contraire, il n’en est rien au regard notamment des rapports d’enquête rendus publics par la Commission Paul Denis (CEA) et l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF).
Rompre avec la culture de l’impunité
Pour faire reculer la corruption érigée en système en Haïti, il y a tout un cadre d’actions à entreprendre consistant à :
- recruter les agents de l’État au mérite pour faire échec au népotisme et au clientélisme (art. 235 de la constitution)
- améliorer les systèmes de vérification des comptes et de contrôle de gestion
- recueillir des informations sur les preuves et indices concernant une éventuelle corruption auprès de tiers (banques, medias, associations, usagers etc.)
- renforcer les unités nouvellement crées en leur adjoignant des médiateurs, commissaires aux comptes, experts en informatique, responsables de sécurité interne…
- augmenter la capacité d’action des fonctionnaires de police, des commissaires du gouvernement et des juges.
- alourdir le prix de la corruption en recourant à des peines et sanctions lourdes.
Autant de mesures visant à l’accompagnement d’une politique anticorruption sérieuse. Sinon, on continuera à végéter dan un système ``quand un scandale en remplace un autre`` et puis rien de concret ne sera réalisé en terme d’identification des personnes et d’établissement des responsabilités.
« Quand dans une société les gens sans vergogne triomphent; quand le gredin est admiré; quand les principes cessent d’exister et que seul l’opportunisme règne en maitre; quand les insolents sont au pouvoir et que les citoyens tolèrent cet état de fait; quand tout se corrompt et que la majorité reste silencieuse… », la corruption peut avoir encore la vie dure sans un effort conjugué de la part de l’État et de l’ensemble du corps social.
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Notices bibliographiques
- Robert Klitgaard, Ronald Maclean-Abaroa et H.Lindsey Parris, Villes corrompues, Du diagnostic aux remèdes, Nouveaux Horizons, France, avril 2002,144 p.
- Le Nouvelliste, Fritz Brandt libéré, David Brandt devant le Tribunal criminel, no 37741, du mercredi 7 novembre 2007.
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