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Haïti, tu renaîtras

Vendredi 14 Janvier 2011 | Ernst Delma

A l’occasion de la commémoration de l’insolite, de l’accoutumé, de la fatalité qui a accablé mon pays bien-aimé et mes frères haïtiens, je dédie ce poème que j’ai composé trois ans plus tôt sans même avoir su au préalable que la fatalité qui s'attache à nos trousses telle une sangsue déchaînée allait avoir un arrière-goût si amer et un relent si pourri.

Le triomphateur aux ambitions démesurées, assoiffé de conquête
Piaffa à la découverte de tes horizons. La terre ! Il cria et fit fête.
Fourbu par les hautes mers, il s’extasia devant ta luxuriante beauté
S’enticha du coup de ton univers peuplé de fraîcheur et de simplicité.

Il but l’eau pétillante roulant le long de tes collines assoupies,
Goûta d’ouies charmées les mille harmonies de tes forêts engourdies
Puis se mit à mesurer d’œillades envieuses la profusion des environs
Et secrètement médita déjà ta détresse dans de lointaines ambitions

Hispaniola la belle fut née et célébrée de tes entrailles barbouillées
Tes premiers fils les ont vu maculer de boue leur séculaire dignité
Leur aspiration aux joies simples fut saignée avec une notoire ferveur
Et l’or, aiguisant toutes les ambitions, devint dieu fou et exterminateur.

L’indigène a disparu dans ses pleurs, sa sueur et coups de pioches
Ses révoltes sporadiques n’ont pas survécu à ses rêves fantoches
De liberté retrouvée. L’aïeul ébène vint perpétuer le projet coriace,
Invité à nourrir de sueur et de sang la terre sans cesse vorace

La cupidité, sans frein, ni loi, a piégé tes admirables contours
Tu étais devenue tout, la proie de prédilection de tous les vautours
Le berceau douillet de toutes les ambitions démesurées,
Le fruit mûr qui attire, la prairie enchantée, la contrée adorée

Et pour comble de malheur à toutes tes éternelles longanimités,
Tes enfants et ceux-là qui ont bénéficié de tes charmes et bontés
Ont forgé tes malheurs et sciemment perpétué le mal qui t’accable.
Au lieu d’honneurs, ils t’ont revêtue la tête d’un diadème méprisable

Ta fragile destinée blessée à chaque sursaut de l’orgueil humain
Victime de tous les préjugés, mère de branlants lendemains
Quoique toujours prise au goulot perfide d’infernaux méandres
Haïti, née pour survivre, tu renaîtras un beau jour de tes cendres.

Ernst Delma/2008

Tags:haiti tu renaitras

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